Comment interpréter un rôle ?

Comment interpréter un rôle au théâtre ?

 

Guybet dans MolièreLorsque l’on commence le théâtre, on est très vite convié à jouer un rôle. Mais comment interpréter ? Comment faire pour jouer et comme on dit « rentrer dans la peau du personnage » ? Quelles émotions doit-on faire ressortir pour que notre jeu semble naturel ? Doit-on changer sa voix, fabriquer une gestuelle pour rendre crédible notre personnage ? Nous allons essayer de répondre à toutes ces questions que tout comédien débutant se pose quand il commence le théâtre.

Tout d’abord, tout est une question d’enseignement de la technique. Le théâtre comme tout art nécessite une technique solide sur laquelle s’appuie le comédien. Ces techniques sont enseignées dans les cours de théâtre : la projection de la voix, la conscience du corps dans l’espace, la gestuelle, le placement du regard, l’écoute, la montée des émotions etc… C’est sur cette technique que la personnalité et le talent de chacun pourrait s’exprimer. Le corps du comédien est son instrument. Il faut le maîtriser parfaitement pour être libre dans son interprétation.

Le talent ne fait pas tout. Comme dit Louis Jouvet, « jouer la comédie c’est 10% de talent et 90% de travail. En tout cas beaucoup de ce qui a attrait à l’interprétation vient de l’interprète et de sa personnalité.

 

Entrer dans la peau d’un personnage.

 

scene-medecin-malgre-luiSouvent on parle de rentrer dans la peau du personnage pour une interprétation réussie. L’image est un peu fausse car cela suppose que l’on a déjà une idée du personnage que l’on veut interpréter. Le piège dans lequel il ne faut pas tomber, c’est d’imiter ou d’essayer de reproduire ce que l’on a déjà vu ou entendu d’un autre comédien. Se méfier aussi des clichés ou des idées préconçues que l’on peut avoir d’un caractère comme « mon personnage est un roi, donc il se tient bien droit et doit parler distinctement avec un ton un peu snob. »  Comme nous l’avons déjà dit, l’interprétation vient essentiellement de vous, de votre personnalité et de votre vécu. C’est ce qui compose votre être qui va faire naître votre personnage. C’est pour cela que le théâtre est un art et qu’une interprétation est unique. On n’entre pas dans la peau d’un personnage, c’est le personnage qui infuse et sort de nous. Et le commencement de cette gestation vient par le travail et la recherche dans le texte.

 

Comment travailler un texte de théâtre ?

 

salut-medecin-malgre-luiTout d’abord pour bien interpréter un rôle, il ne faut pas seulement lire la scène que l’on doit travailler mais il faut lire l’ensemble de la pièce. Cela semble être évident à dire mais bon nombre de jeunes comédiens débutants se focalisent uniquement sur la scène qu’ils ont à apprendre. C’est une grave erreur. C’est comme vouloir comprendre le tableau d’un maître en n’ayant qu’une vision parcellaire de l’œuvre. Dans le théâtre c’est la même chose, pour bien interpréter, il faut avoir une vision globale de son rôle, comprendre les interactions qu’il a avec les autres personnages, bien connaître son évolution du début à la fin de la pièce… Le premier travail est un travail d’explorateur, de chercheur, d’archéologue. Et tout se trouve dans le texte. Le texte, le texte, le texte ! Comprendre pourquoi votre personnage agit de cette façon ou dit les choses comme cela. Peu à peu, comprendre son mécanisme, sa psychologie, son caractère. Apprendre aussi à aimer son rôle. Il est très important de ne pas juger son personnage mais toujours essayer de le comprendre. C’est comme cela que l’on va pouvoir l’aimer et ne faire qu’un avec lui. Jouer Néron ou Lucrèce Borgia, c’est tellement jubilatoire pour un comédien mais quelles horribles personnes quand on y pense !
Une fois le travail de compréhension, d’exploration passée, on peut commencer l’apprentissage du texte.

 

Comment apprendre son texte ?

 

interpretation theatraleL’autre erreur à ne pas commettre est d’apprendre un texte en voulant y mettre rapidement l’intonation. Cela revient à mettre le vernis alors que la peinture n’est pas encore sèche ! Il faut freiner l’impulsion que l’on a naturellement à vouloir rentrer trop vite dans l’interprétation en donnant « un ton ». Il faut continuer le travail de compréhension et d’exploration du personnage avant de pouvoir donner « vie » ou « voix » au rôle. Alors comment apprendre son texte ? Il n’y a pas de méthode à proprement parler car cela dépend de chacun. Si certains ont des facilités naturelles à apprendre un texte, pour d’autres cela devient plus compliqué. Mais pas de crainte, c’est une gymnastique du cerveau. Plus on apprend, plus cela devient facile d’apprendre. Si vous êtes plus enclin à une mémoire visuelle, n’hésitez pas à surligner vos répliques en couleur pour un meilleur apprentissage. Si vous avez plus de facilités avec la mémoire auditive, vous pouvez enregistrer vos répliques d’un ton neutre sur un support afin de pouvoir les écouter en boucle. On peut s’aider aussi d’une application d’apprentissage comme « Imperato« , utilisé maintenant par de nombreux élèves dans nos cours de théâtre et par les professionnels. Le travail d’apprentissage du texte doit se faire en « recrachant » ses répliques à haute voix, en y mettant le ton le plus neutre possible. Pour être libre ensuite dans son interprétation, il faut que le texte soit parfaitement appris, que l’on ait plus à y penser. Les répliques doivent venir naturellement. C’est pour cela que cette partie du travail est importante car elle est longue et fastidieuse. Il faut, comme le dit Valère Novarina « mâcher et renifler son texte ». Le texte doit vous accompagner tout au long de la journée. Dès que vous avez un moment dire et redire son texte. C’est très important.
Une fois le texte su, le travail peut commencer ! Les comédiens disent qu’ils se sont débarrassés de leur texte. Ils vont pouvoir se réunir pour faire dans un premier temps des « italiennes ». « Faire une italienne » est une expression qui veut dire que l’on récite la pièce à haute voix, de façon très rapide et où chaque acteur à tour de rôle donne sa réplique. Cela permet de faire le point ensemble sur la mémorisation du texte. Ensuite le travail sur le plateau peut alors commencer.

 

Les premiers pas dans la construction du personnage

 

scene figaroLe metteur en scène est là pour guider le comédien sur la scène. Voir avec lui ses entrées et sorties, ses déplacements et commencer à travailler les intentions du texte. Le travail du personnage continue mais maintenant de façon collective. Le comédien, comme une éponge, absorbe les indications du metteur en scène, échange avec ses partenaires, cherche, explore, dans son texte tous les indices qui pourront l’éclairer sur toutes les facettes de son personnage. Ce travail est souvent difficile, long, prenant car il demande de se poser toujours des questions sur son rôle sans forcément avoir immédiatement les réponses. Peu à peu, avec les déplacements, le comédien commence à avoir, selon l’expression consacrée, son « personnage dans les jambes ». Il commence à trouver une démarche propre au rôle, un phrasé qui lui est propre. Mais le travail ne s’arrête pas là. Le comédien doit lire et relire toujours son texte. Cela devient sa bible, son livre de chevet. Trouver maintenant « la substantifique moelle » du personnage. Comme un accouchement, cela n’est pas toujours facile. Il y a des moments de doute. « Pourquoi mon personnage dit cela à ce moment-là ? », « Pourquoi il répond cela ? » etc… Le comédien doit faire une confiance aveugle à l’auteur car chaque mot écrit est important, capital. Une phrase, un mot peut éclairer et donner la clé sur la personnalité du personnage. Toujours se poser des questions. Les réponses seront toujours dans le texte. Lire et relire.
Puis le jour de la représentation arrive. Des doutes peuvent être encore présents. C’est normal. Le comédien est en proie au tract. Il angoisse avant la Première mais là aussi c’est normal. Il ne sait pas si ce qu’il va créer et jouer devant le public va plaire. Mais le miracle va naître. Le public agit sur le comédien comme un révélateur qui dans la chambre noire fait apparaitre la photographie sur le papier glacé. Cette gestation, ce travail prend naissance sur scène. Le personnage créé prend alors corps, chair et âme. Le comédien est autre. Transcendé, transporté, il vibre à l’unisson avec son personnage. Il est à la fois double et unique. Etrange processus de dédoublement. A la fois marionnette et marionnettiste. Le personnage est enfin né.

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