Sarah Bernhardt, l’art de l’interprétation

Sarah BernhardtLorsque l’on parle théâtre et interprètes avec des néophytes ou des théâtreux, de tout temps et de toute génération, le premier nom qui vient à l’esprit est celui de Sarah Bernhardt. Elle est incontestablement au panthéon des acteurs, connue et reconnue par ses pairs et par le public en France et dans le monde entier. De toutes les époques, depuis la naissance du théâtre jusqu’à aujourd’hui, de nombreux comédiens ont marqué leur époque et ont été adulés par des foules entières. Pourtant quelques années plus tard, après leur mort, plus rien ne subsiste. Ils tombent rapidement dans l’ombre et dans l’oubli. Cela doit incontestablement forcer à la modestie et doit faire réfléchir tous les jeunes acteurs en herbe des cours de théâtre qui rêvent de célébrité et de gloire. Un seul nom pourtant subsiste à travers les âges, c’est celui de Sarah Bernhardt.

 

Pourquoi Sarah Bernhardt est-elle entrée dans la légende ?

 

Lorsque Sarah Bernhardt débute au théâtre, personne ne l’attend. La scène française vit encore dans la mémoire de Rachel, célèbre tragédienne du début du 19ème siècle, morte prématurément à l’âge de 36 ans dont le public voue un véritable culte. Les débuts de Sarah sont loin d’être prometteurs. Elle entre à la Comédie Française par « piston » et ses premiers rôles d’interprète n’emportent pas l’enthousiasme auprès du public et des critiques. C’est beaucoup plus tard qu’elle va rencontrer son public grâce à des rôles comme Phèdre, Hamlet, l’Aiglon, Tosca, Lorenzaccio et Marguerite (La Dame aux camélias) pour ne citer que les plus connus. Néanmoins elle va aussi connaitre de nombreux échecs, non par son interprétation mais par la médiocrité des pièces dans lesquelles elle joue. Pourquoi est-elle devenue unique ? Est-ce par son physique ? Non, Sarah n’était pas d’une grande beauté ; son visage était quelconque, ses lèvres étaient fines, son corps était d’une extrême maigreur, elle n’avait pas de poitrine, son visage était osseux et blanc comme de la craie et ses yeux étaient sombres et douloureux. Pourtant ce physique peu avantageux, va faire déplacer les foules du monde entier, du simple ouvrier jusqu’aux têtes couronnées. Sarah va se produire dans le monde entier et chaque fois c’est le succès garanti. On a du mal à se représenter à l’heure actuelle quel pouvait être cet engouement car personne aujourd’hui n’a d’équivalent !  On se bat pour la voir. Les théâtres affichent complet, rien que sur son nom. Tout le monde se l’arrache, même l’Allemagne, pourtant l’ennemi juré depuis la défaite de 1870 luit fait un pont d’or pour qu’elle puisse se produire à Berlin. Elle jouera sur les cinq continents. En Amérique, sa terre de prédilection en dehors de la France, c’est le triomphe à chaque tournée (elle en fera cinq) qui dure des semaines entières. Elle jouera dans plus de 50 villes, se déplace en train Pullman dans tout le pays. Les hommes jettent leurs manteaux à terre pour que l’actrice les piétinent. Son succès est tel que, les spectateurs désertent toutes les salles de spectacle pour aller venir applaudir l’actrice française. Des cow-boys du fin fond du far-ouest n’hésitent pas à traverser le pays pour venir la voir jouer. Son triomphe est tellement colossal que les directeurs de théâtre, craignant la faillite, se liguent en syndicat pour interdire toutes salles de spectacles à Sarah Bernhardt. Mais peu importe, si aucune salle ne peut l’accueillir, elle se déplacera alors avec son propre barnum. Comme un cirque ambulant, elle sillonne l’Amérique et joue sous un chapiteau pouvant accueillir plus de 3500 spectateurs. Elle affichera complet dans chaque lieu où elle s’arrêtera.  Quand elle est à Paris, dans son théâtre qui porte son nom, place du Châtelet, les touristes viennent la voir jouer car elle fait partie des deux choses obligatoires à faire lorsque l’on visite la capitale : la tour Eiffel et la grande Sarah.Bernhardt Sarah

Comment ce bout de femme, a pu devenir une star mondiale ? Comment des personnes ne comprenant rien au français se sont ruées des quatre coins du monde pour assister aux pièces de théâtre jouées par l’actrice ? Ces questions sont importantes à se poser surtout lorsque l’on est apprenti comédien et que l’on a soif d’apprendre le mécanisme du jeu dans les cours de théâtre.

Une partie du succès vient de la personnalité propre de la comédienne et de sa voix exceptionnelle. Sarah avait, comme dit Victor Hugo, une voix d’or et captivait son auditoire. C’était certes un atout incontestable à l’époque mais pas suffisant pour faire d’elle une légende. C’est plutôt grâce à sa force d’incarnation qu’elle mettait dans ses interprétations qu’elle a étonné et surpris le public. A l’époque, la convention du jeu était plutôt académique. Les comédiens étaient souvent statiques et déclamaient en avant-scène leur tirade. Le jeu était plus axé sur la musicalité du texte, avec quelques effets et inflexions ici et là pour faire venir les applaudissements de la salle au bon moment. A l’époque, les acteurs étaient leur propre metteur en scène, choisissaient leurs costumes et leurs maquillages et payaient des personnes parmi les spectateurs pour lancer les applaudissements sur tel ou tel effet. On appelait cela la claque.

Sarah Bernhardt sur scèneSarah est la première à comprendre qu’un rôle ne vient pas d’une construction extérieure mais intérieure. Elle travaille sans relâche chaque rôle pour comprendre les mécanismes psychologiques et physiques. Elle va jusqu’à proposer un angle nouveau, une vision, encore jamais vue du personnage qu’elle incarne. Par exemple son premier grand succès fut son interprétation dans Phèdre. A l’époque, la référence absolue, on en a parlé plus haut, est Rachel. Lorsqu’elle s’attaque à ce grand classique de Racine, tout le monde l’attend au tournant. Publics et critiques n’ont que Rachel dans la tête. Pourtant elle va étonner par ses propositions et sa vision nouvelle de l’héroïne. On a l’impression de redécouvrir le rôle et la pièce. Elle entre définitivement après cela dans la légende.

Ce qui caractérise surtout les interprétations de Sarah, c’est surtout son implication et incarnation extrême de tous ses personnages. Sur scène, elle est habitée et donne tout pour son public. Elle y met tellement de cœur qu’il n’est pas rare après le baisser de rideau de la voir s’évanouir, exsangue et vidée de sa prestation. Son jeu est tellement révolutionnaire et moderne pour son époque qui lui permet beaucoup d’audace comme oser interpréter les grands rôles masculins du répertoire que sont Lorenzaccio et Hamlet. Le public sera une fois de plus conquis. L’un de ses grands succès, Hamlet sera joué un peu partout dans le monde durant ses tournées et plus particulièrement en Angleterre. N’est-ce pas d’ailleurs le suprême hommage à son talent que de triompher ainsi sur la terre de Shakespeare avec un rôle conçu à l’origine pour un homme et en plus en anglais ?

 

Les anecdotes sur Sarah Bernhardt

 

Sarah Bernhardt - Poudre de rizSarah Bernhardt est la première à comprendre l’importance de son image et de la publicité. Ce qui va assoir un peu plus sa renommée. On retrouvera son portrait sur des paquets de gâteaux ou des paquets de cigarettes. Elle vantera les bienfaits d’une poudre de riz et de la Bénédictine de Fécamp et sera la première femme en France à avoir son effigie sur un timbre.

 

Lors de l’Exposition de 1878, Sarah pensionnaire à cette époque de la Comédie Française, toujours avide de sensations nouvelles prit l’habitude chaque jour de faire un voyage en ballon au-dessus de la capitale pour mieux « respirer » disait-elle. Un jour le directeur du Français se baladait sur un des ponts parisiens. Il fut interpellé « Tenez, regardez dans le ciel… Voilà votre étoile qui file ! ».

 

En 1916, lors d’une de ses tournées aux Etats-Unis, Sarah veut convaincre le gouvernement américain d’entrer en guerre aux côtés des français. Durant son séjour, les Américains annoncent finalement qu’ils s’engagent dans le conflit mondial. Son retour en France sera un véritable triomphe.

 

Lors d’une chute, Sarah se blesse à un genou. Après plusieurs années de mauvais traitements, on devra l’amputer d’une jambe. Handicapée pour jouer, elle ne devait se mouvoir par la suite que par chaise à porteur d’où son surnom de « Mère Lachaise ». Elle ne se plaignait jamais de son handicap, sauf pour en rire : « Je fais la pintade ! ».

 

Un jour, où le tout Paris attendait son retour après son amputation (on pensait d’ailleurs qu’elle allait jouer avec une jambe de bois), avant le lever de rideau, Sacha Guitry, grand ami de Sarah présent dans la salle ne put s’empêcher de s’exclamer à l’annonce des trois coups : « Elle arrive ! ».

Sarah Bernhardt, interprète

A une jeune comédienne qui s’adressait à Sarah en disant : « Moi quand je monte sur scène je n’ai jamais le trac. » Sarah lui répondit : « Ce n’est pas grave, ma petite, cela viendra avec le talent. »

 

Tosca est l’un des grands rôles à succès de Sarah. Dans une des scènes clé de la pièce, elle est invitée par Scarpia à dîner afin de lui proposer de devenir son amant en échange de la vie sauve de son fiancé alors emprisonné. Pour toute réponse et ne voulant pas céder à l’infâme chantage, elle plonge un couteau dans le cœur de son persécuteur.  Après ce coup de théâtre, le public est figé et sous tension. Que va faire Tosca ? Sarah prolonge ce moment extraordinaire. Elle se dirige lentement vers le mur et elle a alors ce geste surprenant. Elle décroche un crucifix et le dépose très lentement, presque avec compassion, sur la poitrine de sa victime. Triomphe ! Le public est en délire et se met debout pour applaudir à tout rompre. Sarah aura de nombreux rappels après cette scène avant la reprise et la continuité de la pièce. Maintenant le public se déplace au théâtre non seulement pour voir la pièce mais également pour assister à ce moment unique. Un jour, lors d’une tournée, Sarah demande au régisseur avant le lever de rideau, si son crucifix est bien en place sur le mur. Celui-ci lui répond par l’affirmative. La pièce débute alors. Arrivée au moment tant attendu, Sarah se dirige vers le mur et constate avec stupeur qu’un crucifix est peint en trompe l’œil sur le mur en lieu et place de la croix. Le public s’en aperçoit aussi. Moment suspendu. Que va faire Sarah ? Très lentement, elle se dirige alors au centre de la scène, se place devant le cadavre de Scarpia et plante son regard droit vers le public : « Il ne le mérite pas ! ». Applaudissements à tout rompre, le public lui fait un véritable triomphe.

De nos jours, la pièce de Victorien Sardou n’est plus jouée, elle est tombée pratiquement dans l’oubli. Seul l’opéra de Puccini, permet de raviver la mémoire de cette œuvre. Tosca est connue maintenant dans le monde entier grâce à son compositeur lyrique. Mais peu importe la mise en scène, par tradition et en hommage à la Divine, toujours après la scène du meurtre, la cantatrice dépose lentement un crucifix sur la poitrine de Scarpia !

 

Dans les cours de théâtre, le nom de Sarah Bernhardt est souvent évoqué car elle reste une référence dans le jeu.

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